5 anecdotes de tournage sur “Johann Zarco, l’audace d’un champion”

Valencia 2017, fin du gentil scénario, début de la dramaturgie

Valencia 2017, dernière épreuve du Motogp, Johann s’affirme le meilleur rooky de la saison, avec une 5ème place au classement final.  Après son brillantissime second titre mondial Moto 2, en 2016, j’ai l’intuition qu’il se rapproche de la plus haute marche du podium, la plus difficile.  Je descends donc en Espagne pour être, ce que je crois, la dernière séquence du film débuté en mars 2017. Bien entendu, n’ayant pas l’autorisation de la Dorna pour filmer dans l’enceinte du circuit, nous avons prévu, avec Johann, de nous retrouver le lendemain de la course dans un lieu anonyme.

Vu le budget réduit, je suis venu seul avec mes caméras et mon duvet, et je vais devoir loger dans le break. C’est un détail à côté de ce qui m’attend  lorsque je croise Laurent Fellon qui me fait comprendre que je ne suis pas le bienvenu ! Le film, il n’y croit plus, et puis Johann l’écoute moins de moins…  Il semble que la parole donnée n’engage que celui qui la croit.

Le dimanche, j’ai beau me réjouir de la splendide 2ème place de Johann après son duel avec Pedrosa, c’est avec l’estomac en vrac que je rentre sans la moindre image.

J’ai  des engagements et un film à finir. Comment faire ?

Steve Blackburn, vocation : mécano de course

2017, GP de France au Mans, alors que je retrouve des connaissances dans le stand Tech3, un mécano du team, grand, chauve et anglais s’approche presque timidement de moi et se présente. Il se nomme Steve Blackburn, il était le jeune adolescent qui venait me voir régulièrement sur les circuits anglais durant les 70’s. Goddam !!! J’y crois pas ! Certes il a changé, mais au ton de sa voix, tout revient d’un coup. 35 ans ont passé, mais les souvenirs sont toujours là. J’étais LE pilote qu’il suivait plus que les autres, il voulait être mon mécanicien en 1983, mais trop tard j’étais en train de tourner la page.

Sous l’effet de l’émotion, je ne remarque même pas qu’il est vêtu d’une combinaison Tech3, et c’est lorsqu’il me murmure qu’il est le responsable des boites de vitesses de Johann que je mesure pleinement  la situation ! Steve, mon supporter Number one  travaille pour Johann ! Incroyable ! Je reste sans voix, avant de l’étreindre chaleureusement.

C’est dans ces quelques brefs instants de vie que l’on se sent un peu dépassé, hors du temps. Encore merci la course.

Paris-Avignon-Paris-Le Mans-Paris en 14hrs

Pour information, obtenir l’autorisation pour filmer dans un TGV est titanesque. N’ayant ni les appuis ni les moyens de louer un wagon entier, je pris le risque du tournage sauvage , selon l’expression, pour accompagner Johann et Véronika, sa chérie, durant leur trajet Avignon -Le Mans. En effet, lorsqu’il m’annonça qu’ils rejoindront  le  Mans  pour le Motogp 2018 en TGV, aussitôt l’idée de les suivre s’imposa.

Le mercredi précédent le GP, je retrouvais à la gare de Lyon, Berto, cadreur de réputation internationale et fan de Johann, qui me faisait l’honneur de se joindre au projet. 7h30 départ pour Avignon puis un taxi nous emmène chez Johann. Il nous a préparé des pâtes et boucle ses valises.

14h30, gare d’Avignon, nous retrouvons le second cadreur, le fidèle Boris, avant de grimper dans le wagon direction Le Mans en passant par Paris.

Grâce aux caméras, ressemblant à des boitiers photos, et avec une attitude de vacanciers sous le soleil, nous enregistrons, l’air de rien, le beau couple dont le jeune homme a été identifié par un contrôleur.

Tout se passe sans accroc, j’ai la conversation que je souhaitais, avec le paysage qui défile. Un champion dans un TGV à plus de 300 à l’heure, et qui avance vers son destin. Nous les abandonnons à l’entrée du circuit, avec les dernières images de Johann tirant sa valise vers le paddock puis nous reprenons le train pour Paris.

22h, arrivée gare de Lyon. Je quitte mes cadreurs, nous avons 3hrs d’images, mission accomplie. 2 300 kms dans la journée, tout compris et même pas fatigué !

Vive la SNCF.

Deux hommes hors sol sur un même bateau

Décembre 2017, je voulais faire une séquence de Johann en apnée, mais au dernier moment, la météo n’était pas idéale et sous l’eau agitée, les images auraient été quelconques, pour ne pas dire mauvaises. J’étais déçu et pensais que l’occasion ne se reproduirait plus. Johann, comme tous les sportifs de haut niveau, a un agenda rempli.

Juin 2018, je relançais Johann qui aussitôt comprend l’idée et me proposa le voilier de Stéphane Mifsud, son coach d’apnée et recordman du monde en statique. Sous le soleil, nous embarquions de Hyères pour aller mouiller la nuit près des iles de Porquerolles.

La situation fut juste idyllique, mer calme, Johann avait apporté des plats préparés par sa tante. L’ambiance était chaleureuse, mais bien sûr, je savais que la tête de Johann était à déjà à Assen, le prochain GP dans 15 jours.

Pendant qu’il se prépara à plonger, caméra à l’épaule, je cadrais Stéphane en lui demandant les raisons de son record invaincu depuis plus de 10 ans. Ses explications si concises et justes me sidérèrent. Je recadrai sur Johann, acquiesçant de la tête  « c’est beau ! ».  Réunir dans le même plan ces deux hommes d’exceptions, je sus à cet instant que ce plan justifiait à lui seul le film.

Avec cette séquence, j’avais l’ouverture et la fin du film. Merci Johann et Stéphane.

Un film, c’est une idée et de l’argent

Ce fut la première phrase  que j’ai lu à propos de la production d’un film.

J’avais une idée, mais pas l’argent. Comme lorsque j’ai commencé la course !

Au Mans, en 2017, je suis allé trouver Manel Arroyo, le big chief des images de la Dorna, afin de négocier les droits, il me sourit et dit que beaucoup de personnes voulaient réaliser des films sur le Motogp et pas beaucoup y parvenaient… Le message était clair.

Jacques Bolle apporta la première pierre déterminante et sans cette confiance je ne me serais jamais engagé. Puis il y eut un pur mécène, l’architecte Didier Beautemps, puis Didier Longeron, le seul annonceur de Johann qui participa et enfin environ 1.000 souscripteurs et fans de Johann, sans lesquels l’aventure aurait difficilement abouti.

Mais la partie la plus complexe, douloureuse et déterminante fut le montage. Il a représenté plus de 14 mois, au quotidien. J’en suis tombé malade au bout de six mois. En effet, beaucoup de films de fictions, très écrits, se montent assez rapidement car le montage respecte plus au moins le scénario, mais il en va tout autrement lorsqu’il s’agit d’un documentaire avec beaucoup d’archives. De plus, la gageure était de suivre un homme en train de vivre sa vie, en live.  Faire le portrait de celui qui a fini sa carrière ou sa vie me paraitrait aujourd’hui beaucoup plus confortable.

Enfin je  voulais connaitre toutes les images de Johann sur 10 ans de courses, ce qui représentait plus d’une centaine d’heures.  Pour un film de 100 minutes, cela fait beaucoup de choix. Et comme choisir c’est renoncer, vous imaginez le travail. Ce peut être une bonne définition du montage d’un film

Merci aux minous Oscar et Vénus qui ont veillé sur moi durant tout ce labeur.

Pour en savoir plus, découvrez le film Johann Zarco, l’audace d’un champion.

A lire également